Les livres : je voudrais m’en passer que je ne le pourrais pas. Je ne soulignerai jamais assez le plaisir que je prends à communiquer avec quelqu’un sans avoir à supporter ses tics, sa présence malodorante ou ses moments d’insignifiance. Je peux, dans les livres, me choisir des amis que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer ou qui, trop familiers, perdraient mon amitié. Je peux choisir de communiquer avec une pensée, un style, une langue sans avoir à subir les contraintes physiques de l’environnement social ordinaire. Je peux avoir accès au divertissement ou au génie sans le moindre effort et à peu de frais. Je ne suis jamais seul quand je suis avec Marcel (Proust, évidemment).
Pierre Bourgault (La Culture. Écrits polémiques t.2, p.83, PCL, 1996)
Madame Alving: À moi qui t’ai donné la vie !
Oswald: Je ne te l’ai pas demandée. Et quelle sorte de vie m’as-tu donnée ? Je n’en veux pas ! Reprends-la !
Henrik Ibsen (Les revenants, Livre de poche n° 1311, trad. Moritz Prozor, p.284)
Selon moi, le fait qu’un individu se comporte de manière prétentieuse n’implique pas que ses déclarations soient automatiquement des conneries. Bien sûr, cela explique souvent sa propension à proférer des conneries. Mais il ne faudrait pas en conclure que les conneries sont toujours motivées par la prétention.
Harry G. Frankfurt (De l’art de dire des conneries, trad. Didier Sénécal
, p.26, Éd. 10|18, n°3889)
J’oubliais de vous dire, madame, que moi aussi, je voudrais que les philosophes se servissent de la langue de tout le monde. Il est vrai que c’est pour une raison qui enlèvera à vos yeux tout pris à mon désir : c’est parce que leurs termes spéciaux actuels sont des nids d’équivoques, et qu’une bonne langue philosophique est chose encore à faire.
Juilien Benda (Les sentiments de Critias, p. 77, Émile-Paul frères, Paris, 1917)
Si on criait sur la place publique les fautes de tout le monde, on ne pourrait plus fréquenter personne !
Marcel Pagnol (Fanny, Presses-Pocket n° 1285, p.133)