Il voyait comment, en quelques semaines, la preuve de l’existence de Dieu peut ruiner l’équilibre laïc. Car l’équilibre tient à l’incertitude de l’existence de Dieu. L’absence de preuve de l’existence de Dieu oblige à respecter les incroyants ; mais l’absence de preuve de l’inexistence de Dieu à respecter les croyants.
Laurence Cossé (Le coin du voile, p.82, Éd. Gallimard nrf, 1996)
Devenir adulte, c’est oublier ce que l’on ne peut s’empêcher de savoir et dans quoi l’enfant – parce que la force lui est donnée avec sa faiblesse – passe ses heures : le désarroi des mots, la carence des amours et la lente corruption des rêves, soumis à tous les vents.
Christian Bobin (Le huitième jour de la semaine, p.38, Éditions Lettres Vives 1986)
Le Comte : Quant à moi j’aime la politesse.
Lisimon : Moi, je ne l’aime point ; car c’est une traîtresse
Qui fait dire souvent ce qu’on ne pense pas.
Philippe Néricault dit Destouches (Le Glorieux, p.372, in Le Théâtre Choisi du XVIIIe siècle, tome 1, Librairie Garnier Frères)
[…] elle essaya d’imaginer à quoi ressemble la flamme d’une bougie après qu’on l’a soufflée […]
Lewis Carroll (Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles, trad. Henri Parisot, p.91, Aubier-Flammarion Bilingue, n°32)
En début d’après-midi, elle va dans la cour arrière prendre place dans les balançoires, occupées par des dames comme elle, âgées, seules, qui habitent des petits logis tout blancs, toujours propres et silencieux. Ensemble, à l’ombre, elles bercent tranquillement leur vie qui s’achève. Leur vieillesse prend une pause.
Céline Cyr (Les dames des balançoires, p.44, in Virages n°39, 2007)