Le système d’exploitation de l’homme par l’homme réduit l’humain à un objet de profit. Telle est la malédiction qui accable la créature terrestre et qui, sans besoin d’en passer par la croyance en un Dieu, en un homme providentiel, en un gouvernement, frappe d’épouvante l’esprit qui règne dans le ciel des idées.
Raoul Vaneigem (Pour l’abolition de la société marchande pour une société vivante, p.39, Rivages poche n°480)
Personne n’éprouve de l’affection pour un individu considéré en lui-même. Une substance abstraite, indépendante de toute qualité perceptible, n’a rien de désirable pour nous. Celui qui ambitionne d’être aimé pour son être même est injuste. Il ne voit pas, pour reprendre la célèbre formule de Pascal, que « le moi est haïssable ». Seul le paraître suscite le désir. C’est peut-être regrettable. Pourtant c’est ainsi « On n’aime donc jamais personne, lit-on dans les Pensées, mais seulement des qualités. » Cela ne signifie pas que l’amour n’existe pas. Simplement, au moment où un sentiment nous porte vers l’intelligence d’une personne, ou au-devant de sa beauté, etc., ce n’est pas à la personne elle-même que nous sommes attachés. Seules les qualités périssables qu’elle manifeste constituent les objets de notre tendresse. Pourquoi le moi serait-il digne d’un amour qu’il n’est pas capable d’éprouver pour autrui ? Le moi doit se rendre à l’évidence : il est seul. Radicalement. Il est perdu au milieu du monde. Pour toujours.
Jean-Marie Frey (Le moi n’est pas maître dans sa propre maison (Freud), p.32, Pleins Feux coll. Variations, n°13)
Tel est le naturel des hommes : s’ils n’ont pas de grands sujets de querelle, ils s’en font de petits, qui ont les effets des grands pour le malheur de l’humanité.
Louis-Pierre Anquetil (État de l’Europe avant la paix de Westphalte en 1648 dans Mémoires de l’Institut national des sciences et des arts, Sciences morales et politiques, T.1, p.19, Baudouin, Paris, 1798)
La conscience doit faire partie de l’image du monde ! Et la science n’a même pas encore commencé à travailler dans cette direction…
Andrei Linde (L’inflation chaotique de l’univers, p.357, in La Complexité, vertiges et promesses, Le Pommier/Poche, 2006)
Penser, c’est se retenir de parler et d’agir.
Alexandre Bain (Les sens et l’intelligence’, p. 198, trad. E. Cazelles, Paris, 1874. )