L’homme projette sur une paroi de rêve les fantômes formés par son esprit ; et il appelle cela le monde extérieur. Ainsi sommes-nous éternellement prisonniers de nous-mêmes. Enfermé dans une bulle de savon lisse et résistante, chacun de nous la décore d’une fantasmagorie d’image qu’il fabrique sans fin. Il ne voit jamais que ces images. Comme elles sont en perspective, il croit sa prison ouverte sur l’infini. Illusion pure : le mur est tout près. Et, comme des figures s’y meuvent, il croit voir des humains. Illusion encore : entre ces apparences, il est seul à jamais.
Henry Bidou (Journal des débats, cité dans La Petite Illustration, 1927, p.23)
D’ailleurs, Lévi-Strauss eut, en 1960, une très forte intuition dans son livre « La Pensée sauvage » où il dit, en substance : « Dans notre civilisation, tout se passe comme si chaque individu avait sa personnalité pour totem ».Nous assistons en effet à une totémisation de soi d’où, évidemment, la question de l’identité.
Alain Ehrenberg (Le mal d’incertitude (Marie de Solemne), p.33, Éd. Dervy, 2002)
La seule punition vraie et juste est celle dont l’âme ne se rend pas compte au moment où elle lui est infligée, mais où il s’aperçoit le lendemain qu’il a été fouetté la veille.
Halldor Laxness (Le paradis retrouvé, trad. René Hilleret, p.250, Gallimart/L’Imaginaire n°236)
Les universités sont encore […] à demi médiévales. La séparation des sciences et des lettres est un artefact universitaire, créé de toute pièce par l’enseignement. Il a été convenu que l’on sait soit du latin, du grec ou de la littérature moderne, soit de la biologie ou de la physique. Mais cette séparation artificielle n’existait ni chez les Grecs, ni chez les Romains, ni même à l’âge classique. Diderot tente, au XVIIIe siècle, de comprendre ce que dit le mathématicien d’Alembert, et Voltaire traduit Newton. L’université a créé l’étrange catégorie d’ignorant cultivé.
Michel Serres (Entrevue accordée à Philosophie Magazine, juillet-août 2007, n°11, p.53)
[…] les vieillards ont besoin de toucher quelquefois, de leurs lèvres, le front d’une femme ou la joue d’un enfant, pour croire encore à la fraîcheur de la vie et éloigner un moment les menaces de la mort.
Maurice Maeterlinck (Pelléas et Mélisande, p.49, Éd. Fasquelle)