Vous savez, l’inventeur des menottes, des fers et des chaînes ne se serait jamais douté de l’utilisation que ces conceptions d’un âge plus rude et plus simple que le nôtre auraient un jour dans le monde moderne! Si j’étais à la place des promoteurs immobiliers et des responsables de l’aménagement du territoire en banlieue, j’en prévoirais au minimum une paire au mur de chaque foyer. Quand les banlieusards seraient fatigués de la télévision, du ping-pong ou des autres activités, quelles qu’elles soient, qu’ils pratiquent dans leur foyer, ils pourraient s’enchaîner les uns les autres, se jeter aux fers pour un moment. Tout le monde adorerait ça. On entendrait les épouses: "Mon mari m’a jetée aux fers, hier soir. C’était formidable. Le vôtre ne vous l’a jamais fait?". Les enfants se hâteraient de rentrer de l’école à la maison car leur mère les y attendrait pour les enchaîner. Cela permettrait aux enfants d’enrichir leur imagination, ce que le télé leur interdit, et je ne doute pas que la délinquance juvénile en serait considérablement diminuée. Quand le père rentrerait à son tour, les autres membres de la famille pourraient se saisir de lui et le jeter aux fers pour lui apprendre à être assez stupide pour travailler toute une journée dans le but de subvenir aux besoins du ménage. Les vieux parents ennuyeux pourraient être enchaînés dans le garage. On leur libérerait les mains une fois par mois, pour leur permettre d’endosser leur chèque de sécurité sociale ou leur retraite. Les fers et les chaînes permettraient la construction d’une vie plus belle pour tous.
J. Kennedy Toole (La conjuration des imbéciles, trad. Jean-Pierre Carasso, p.322 Robert Laffont)
Le bonheur de consommer s’accompagne de versatilité et d’angoisse.
René Victor Pilhes (L’imprécateur, p.201, Livre de Poche n° 4893)
[…] presque tous les métiers sécrètent l’ennui à la longue […]
Jules Romains (Knock, p.38, Folio n°60)
Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l’on veut.
Jean-Paul Sartre (Le diable et le bon dieu, p.121, Folio n° 52)
Tous les beaux vers sont réguliers. Non que le sens se plie à la règle ; mais toujours est-il que la règle n’a point cédé ; et par cette obstination même, le sens s’est montré. C’est qu’il faut deux vérités, en quelque sorte, pour en faire une, vérité de la chose, et vérité de l’homme ; et il faut que ces deux vérités n’en fassent qu’une.
Alain (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.28)