En se vengeant souvent, on ne réprime que la haine d’un petit nombre d’individus.
Publius Syrus (Sentences, trad. Francis Levasseur, éd. Panckoucke, Paris, 1825)
L’apprentissage de la numération chez les enfants, mieux encore chez les sauvages, montre combien le mot, d’abord accolé aux objets, puis aux images, s’en détache progressivement pour vivre d’une vie indépendante.
Jacques Hadamard (Th.Ribot, Psychologie de l’attention.cité par J.Hadamard dans Essai sur la psychologie de l’invention en mathématique)
L’auteur et son roman : couple infernal. Qui est le maître de l’autre ?
Bernard Pingaud (Mon roman et moi, p.25, Joëlle Losfeld, 2003)
Il y a des hommes auxquels il ne manque guère, pour être sans défaut, que de ne pas se croire parfaits.
É. Gérusez (Cité dans le Magasin Pittoresque, p. 59, Paris, 1867. )
Les hommes ont presque toujours quelque penchant pour un animal ou pour un autre. Les uns chérissent les chevaux, les autres aiment les chiens, d’autres les oiseaux : je ne sais qui a fait la remarque que ceux qui aiment les chats, se distinguent aussi par leur philantropie. On serait tenté au premier abord de prendre cela pour une plaisanterie ; mais j’ai connu plusieurs exemples qui confirment cette observation ; il faut donc qu’elle ait quelque fondement.
En observant les hommes et leurs divers caractères, on en voit qui ne se plaisent qu’au commandement et à la domination. Ils veulent que les goûts, les besoins des autres, cèdent toujours à leurs vues personnelles ; et ils sont en état d’inimitié, de guerre même, avec tous ceux qui leur résistent, qui veulent seulement conserver leur indépendance. C’est-à-dire qu’ils sont en guerre avec l’humanité presqu’entière ; car parmi les autres hommes, il n’y en a qu’un petit nombre qui soient assez indifférents ou assez timides pour renoncer volontairement à aucun de leurs droits. Quand je dis qu’ils sont en guerre avec l’humanité entière, je ne prétends pas que ce soit en guerre ouverte : nous voyons tous les jours que tantôt par prudence, tantôt par lâcheté, tantôt pour attendre le moment d’attaquer avec avantage, les hommes cèdent à une prépondérance qu’ils détestent ; ils la servent ; ils la flattent, jusqu’au moment où ils peuvent réussir à l’usurper à leur tour ; c’est la même espèce qui sait ramper et qui aspire à dominer.
Ce caractère selon moi fait les misantropes, les haïsseurs de l’espèce humaine ; car de donner ce nom à ceux qui, comme l’Alceste de Molière, fuient les hommes dont ils sont mécontents, et les laissent tranquilles, c’est une injustice.
Un autre caractère relativement aux qualités sociales, est celui qui sans vouloir sacrifier sa propre indépendance, ne sent pas le besoin d’empiéter sur celle des autres ; qui trouve fort bon que chacun ait ses goûts et veuille les satisfaire ; ait ses opinions et s’efforce de les soutenir ; qui n’est point blessé qu’un autre homme cherche son bien-être à sa manière, pourvu qu’il respecte l’indépendance de ses semblables. Ce caractère forme les véritables philantropes.
Maintenant observons quels animaux peuvent convenir à ces deux caractères généraux, quels inferieurs doivent être préférés par eux ? Ne pensez-vous pas que l’homme qui cherche des esclaves doit s’accommoder de préférence du chien, animal rampant qui n’emploie les facultés dont le ciel l’a doué qu’au service d’un maître ; qui se soumet aux caprices et lèche la main de l’injustice comme celle de la bienfaisance ? Ne trouvez-vous pas que l’autre caractère peut seul s’accommoder de l’indépendance, de l’égoïsme du chat, animal qui n’est point malfaisant quand il n’est pas poussé à bout par la faim ou par les mauvais traitements, mais qui conserve l’indépendance de ses goûts plus que tout autre domestique ?
Buffon fait un crime au chat d’aimer ses aises, de chercher les meubles les plus mollets pour s’y reposer et s’ébattre; c’est tout comme les hommes ; de n’être sensible aux caresses que pour le plaisir qu’elles lui font ; c’est encore comme les hommes ; d’épier las animaux plus faibles que lui pour en faire sa pâture ; c’est toujours comme les hommes ; d’être ennemi de toute contrainte ; c’est comme les hommes encore.
Partant il faut avoir bien de la philantropie pour aimer les chats.
Jean-Baptiste Say (Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société, p.71, Deterville, 1817)