[…] plus les gens prennent l’habitude de vivre ensemble, plus sûrement perdent-ils le besoin de parler d’eux-mêmes.
Nina Berberova ( L’accompagnatrice, trad. Lydia Chweitzer, p. 37, J’ai Lu n°3362)
L’existence m’apparaît comme la machination d’un mystère si fantastique et si théâtral que je tremble toujours de ne pas remplir congrûment le rôle qui m’y fut assigné.
Jacques Audiberti (La fête noire, p.23, in Théâtre 2, Gallimard/nrf 1980)
J’ai eu lieu de connaître un auteur de roman qui ne se piquait pas d’avoir un style correct, ni même élégant, ni de peindre avec vérité les moeurs et les caractères des hommes, ni de corriger leurs vices, leurs travers, toutes qualités dont il faisait peu de cas ; mais il se piquait d’avoir beaucoup d’imagination, car il disait qu’on en trouvait un peu dans ses ouvrages. Aussi était-ce la qualité qu’il prisait par dessus toutes les autres. Mais y avait-il réellement de l’imagination dans ses romans ? Oh non ! L’imagination ne consiste pas à produire une foule de personnages et d’événements ; il faut encore, quant aux événements, avoir trouvé, sans longueurs, le moyen de les amener, de les rendre vraisemblables ; il faut qu’ils soient naturels sans être communs, intéressants sans déclamation, neufs sans bizarrerie, et tellement liés au sujet, qu’ils en fassent ressortir l’effet. Et quant aux personnages, il ne suffit pas que leurs caractères soient atroces ou divinement parfaits, ou qu’ils aient des goûts et des travers comme on n’en a point ; mais ils doivent frapper par leur ressemblance avec la nature, être utiles à l’action, valoir la peine d’être peints, agir et parler conformément à leur caractère, à leur sexe, à leur âge, à leur profession. Quand il y a de tout cela dans un roman, les événemens fussent-ils simples, il s’y trouve de l’imagination, et celle-là seule est une qualité rare et précieuse.
Jean-Baptiste Say (Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société, p.30, Deterville, 1817)
[…] la justice est une si belle chose, qu’on ne saurait trop cher l’acheter.
Alain René Lesage (Crispin rival de son maître, p.132, in Le Théâtre Choisi du XVIIIe siècle, tome 1, Librairie Garnier Frères)
Je lis, donc je pense, mais ma pensée est un clignotement le long d’une autre. Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale. Peut-être publie-t-on trop, mais il n’est pas sûr que l’on écrive suffisamment. Tout le monde devrait écrire pour soi dans la concentration et la solitude : un bon moyen de savoir ce que l’on sait et d’entrevoir ce que l’on ignore sur le mécanisme de son cerveau, sur son pouvoir de captation et d’interprétation des stimuli extérieurs.
Georges Picard (Tout le monde devrait écrire, p.12, José Corti, 2006)